Ingénieure, Comédienne, Formatrice, Coach ; vivre plusieurs vies dans une vie c'est possible !

Tu nais à la fin des années 70, une période marquée par les luttes pour l’émancipation de la femme. Quel impact cela a-t-il eu sur ton enfance, ton éducation ?
Dès 3 ans ma mère m’a dit : « Va à l’école et tu n’auras pas besoin d’un homme pour subvenir à tes besoins, tu seras autonome et indépendante ! ». Elle a insufflé en moi ce côté féministe et militante pour les droits de la femme.

Dans ta famille il n’y a pas d’artistes, encore moins de comédiens. Comment tombes-tu amoureuse de l’univers du théâtre ?
A 12 ans, j’assiste à une pièce de théâtre à l’école joué par des camarades de classe. Le fait de les voir sur scène être différents de ce que je connaissais d'eux m'a complètement fascinée. C’est comme ça que je me suis inscrite au cours de théâtre et j’y ai pris goût.

A cet âge tu considérais le théâtre comme un loisir ou tu songeais déjà à en faire ton métier ?
Je n’ai jamais adhéré au concept de travailler pour gagner de l’argent. Je pensais simplement que quand on aime quelque chose, on y passe beaucoup de temps dessus et on y prend plaisir. Je faisais du théâtre par passion et je ne me préoccupais pas du futur.

Dans ta jeunesse, tu démontres déjà une envie et une capacité à faire plusieurs choses à la fois. Bons résultats scolaires, théâtre, guitare, aviron, gymnastique rythmique, volley ball, danse contemporaine. Quel est ton secret ?
Je n’ai pas vraiment de secret et je ne pense pas avoir de mérite particulier. J’ai toujours aimé essayer des choses. J’ai fait du théâtre et la guitare de manière continue, par contre j’essayais un nouveau sport chaque année.

En 1996, Bac S en poche, tu intègres la prépa de l’UTT. 2 ans après tu entres en cycle ingénieur avec une spécialité "Génie biologique" à Compiègne. Tu arrêtes toutes tes activités extra scolaires à l’exception du théâtre pour te consacrer pleinement à tes études. Que retiens tu de cette période de ta vie ?
Je retiens de cette période que c'est une partie de moi qui s'exprimait mais pas l'entièreté de ma personnalité. C'était une période très intellectuelle mais j'avais toujours en moi ce désir de jouer au théâtre.

Une fois ton diplôme d’ingénieur en poche en 2001, tu prends tout le monde de court et tu postules à l’école internationale de mimodrame Marcel Marceau où tu es admise. Le mime n’est pas le genre théâtral le plus populaire et est surtout très complexe. Qu’est ce qui motive ton choix ? Quelle est la réaction de tes proches lorsque tu le leur annonces ?
Je ne pouvais pas vraiment mettre des mots à l’époque, j’avais simplement la sensation que je devais le faire. Avec du recul aujourd’hui, je dirais que ce que je suis allé chercher dans le mime c’est le dépouillement absolu de la matérialité. Sans matérialité, tu dois tout recréer et utiliser la suggestion.
Mes parents étaient un peu inquiets mais n’ont pas vraiment essayé de me dissuader. Après avoir rencontré Marcel Marceau, ils étaient plus rassurés. Ma mère était emballée et mon père plutôt neutre. La principale résistance venait de mon copain de l’époque qui se demandait comment j’allais gagner ma vie avec ça plus tard.

La formation dure 2 ans et à la sortie il n’y a pas de boulot garanti. S’en suivent alors 2 années sans réelle activité professionnelle. Que fais-tu pendant ces années ? Quel est ton état d’esprit ? Songes-tu à aller faire un travail d’ingénieur ?
J’ai eu une phase un peu de vide où j’étais assez paumée. J’ai fait de la danse, du yoga, je donnais des cours de maths.
Je n’envisageais pas du tout un métier de biologiste au grand désespoir de mes proches. Je faisais confiance à ma bonne étoile.

En 2005, tu fais une rencontre anodine qui va changer ta vie. Raconte-nous ce moment.
Lors d’un cours de danse, je rencontre Marie-Carmen, violoncelliste et assistante metteur en scène de Gérald Garutti au vingtième théâtre sur la pièce "The fall of the house of Usher" d’Edgar Poe. Elle me propose tout d’abord de travailler sur le projet, puis quelques semaines plus tard, intéressée par mon travail d’artiste-mime, elle souhaite créer un numéro de mime et violoncelle. Nous commençons alors une collaboration artistique avec cette première création, et nous en venons à co-fonder une compagnie : Les Accordéeuses.

En 2009, Marie-Carmen pour des raisons personnelles quitte la France et te laisse seule aux commandes de la compagnie. Comment as-tu vécu ce moment ? As-tu songé à tout arrêter ?
laisser tomber mais j’ai eu le soutien d’un ami qui est ensuite devenu administrateur de la compagnie. Il m’a poussée, m’a redonné de la J’ai trouvé ça un peu violent et je me suis sentie abandonnée. J’ai également décidé de tout force, laissant libre cours à mes envies artistiques. C'est ainsi que j’ai repris la compagnie en main.

L’une de mes plus grandes fiertés c’est d’avoir permis à des enfants de maternelle et primaire d’accéder à un enseignement artistique.

Pendant plusieurs années tu consacres beaucoup de temps à la compagnie ; entre la création de spectacles, la recherche d’artistes, la recherche de sponsors, etc. Quel était ton moteur ?
L’argent n’a jamais été un moteur pour moi. J’ai toujours (et peut être à tort) décorrélé mon travail artistique et ce que ça pouvait me rapporter. A partir du moment où un projet me plaisait, je me lançais dedans. Ce qui botte dans la création artistique c’est de partir d’une idée, d’une sensation et d’arriver à monter une pièce où on fait jouer des acteurs devant des spectateurs. Pour moi qui n’avais pas forcément confiance en moi au début, ça a été une véritable révélation.
L’une de mes plus grandes fiertés c’est d’avoir permis à des enfants de maternelle et primaire d’accéder à un enseignement artistique. En effet, de 2013 à 2018, nous avons mis en place un projet éducatif d’ateliers de mime et d’arts plastique donnés dans des écoles maternelles et primaires de la ville de Créteil. Le projet agréé par l’éducation nationale était subventionné mais les dotations suffisaient tout juste à payer les acteurs et régler les frais de fonctionnement.

En dehors de la compagnie, tu décroches des rôles dans des courts métrages, au cinéma, à la télévision. Malgré cette présence au cinéma, tu continues à te produire sur scène au théâtre. Pourquoi ?
Il y a quelque chose que j’aime beaucoup au théâtre, c’est la magie du moment présent qui est très forte et qu’on ne retrouve pas dans les objets cinématographiques ; la présence de l’acteur en même temps que le spectateur.
Au théâtre, on a beaucoup moins de matérialité qu’au cinéma, on est obligé de suggérer, d’utiliser des allégories, des métaphores ; je trouve ça très poétique.

Le hasard faisant souvent bien les choses, en 2011 tu entres dans le monde de l’entreprise avec ta casquette artistique. Peux-tu nous expliquer comment ?
Je fais une candidature spontanée auprès d’une entreprise qui fait des prestations de théâtre en entreprise. Je me retrouve ainsi à jouer de nombreuses saynètes dans différentes entreprises sur les risques psycho sociaux et les problématiques RH de manière générale.

En 2013, tu commences à former en entreprise. Comment cela se met-il en place ?
Dans le cadre de mon activité de théâtre en entreprise, des comédiens me parlent d'une autre entreprise qui recherche des profils diplômés de grandes écoles pour former les collaborateurs par l’improvisation théâtrale. Ça correspondait tout à fait à mon profil, j’ai postulé et j’ai été retenue.
Je faisais de la formation à la relation client par l’improvisation théâtrale. Je formais par exemple des opérateurs téléphoniques à l’improvisation théâtrale de façon à ce qu’ils soient plus à l’aise avec les clients.
C’était une expérience très enrichissante qui me permettait de mettre mes talents artistiques au service de l’entreprise et de diversifier mes activités.

De la formation au coaching, il n’y a qu’un pas que tu franchis en 2017. Tu te formes au préalable en suivant un Master 2 en coaching et développement personnel en entreprise. Pourquoi avoir décidé de faire du coaching ?
Je n’ai pas suivi la formation pour faire nécessairement du coaching. Comme toutes les formations que j’ai suivies (Ingénieur, mime), c’est parce que le sujet m’intéresse et pas forcément pour en faire un métier. C’est dans cet état d’esprit que j’ai suivi cette formation qui m’a permis d'approfondir ma vision de l'accompagnement en entreprise.

Depuis l’obtention de ton master, tu continues la formation mais cette fois dans l’aspect comportemental et tu fais aussi du coaching individuel. Comment se passent ces nouvelles activités ?
Effectivement je donne désormais essentiellement des formations comportementales, mais aussi en développement personnel et communication.
Par ailleurs, j’ai monté une structure d’accompagnement avec un ancien de l’UTC. Depuis l’année dernière nous avons accompagné une quinzaine d’Alumni par le biais de sessions de coaching personnalisé.

Le mime permet de recréer une matérialité irréelle, la science propose une compréhension du réel et le coaching provoque une dissonance cognitive pour changer nos perceptions et croyances sur le monde et sur nous mêmes.

Depuis plusieurs mois, tu te formes à la magie nouvelle. Qu’est ce que c’est et pourquoi t’y intéresses-tu ?
La magie nouvelle est un art dont le langage est le détournement du réel dans le réel, mais aussi un principe créateur au sens large que l'on peut retrouver dans des spectacles de cirque, de danse, de théâtre.
J’y arrive par une succession de plein de choses : la science, le mime et le coaching. Ces 3 choses font que la magie nouvelle est une évidence pour moi.
Le mime permet de recréer une matérialité irréelle, la science propose une compréhension du réel et le coaching provoque une dissonance cognitive pour changer nos perceptions et croyances sur le monde et sur nous mêmes.

C’est quoi la suite pour toi ?
Continuer à développer mes activités d'accompagnement individuel et collectif au changement. En parallèle continuer à créer des oeuvres artistiques, cinématographiques, théâtrales...
Mon épanouissement passe par ma capacité à trouver un bon équilibre entre mes activités artistiques professionnelles et mes activités d'accompagnement des salariés en dehors ou à l'intérieur de l'entreprise.
Si je n’avais pas fait du mime, je ne serais pas coach aujourd’hui. Ça m’a permis de développer ma sensibilité émotionnelle. Tout ce que je vis dans l’entreprise qui est complètement quotidien et ancré dans la contemporalité du monde me nourrit pour créer artistiquement.

Merci encore pour le temps que tu nous as accordé. Que peut-on te souhaiter ?
De continuer à avoir de nouvelles envies.


Propos recueillis par Yannick TCHAPTCHET