Maman à 20 ans, elle s'est accrochée pour mener à bien sa carrière

Je voulais devenir journaliste et présenter le 20h comme Claire Chazal

Tu nais en Mai 1988 à Caen d’un père d’origine ivoirienne et d’une mère française. Petite, tu voulais faire quoi comme métier ?
Céline Kouadio Lefèvre : Petite, je voulais devenir journaliste et présenter le 20h comme Claire Chazal.
Mon père travaillait à la bibliothèque nationale et ramenait souvent à la maison des feuilles imprimées. Je m’amusais à les utiliser comme support et je faisais semblant de présenter de présenter le journal devant toute la famille.

En 2006, tu obtiens ton Bac L, spécialité Allemand. Tu te vois toujours journaliste à ce moment ?
Non mes envies de journalisme étaient passées depuis quelques années déjà. Je ne savais pas quoi faire. Cependant j’ai toujours eu la fibre d’assistante. J’ai toujours été très proche de mon père ; j’étais son assistante personnelle. Je prenais plaisir à gérer son agenda ainsi que les papiers administratifs en toute autonomie.

Après ton Bac, tu t’inscris en LEA à l’université de Caen. Pourquoi as-tu choisi cette filière ? Qu’est-ce que tu y as appris ?
Etant donné que je ne savais pas encore ce que je voulais faire comme métier, j’ai décidé de choisir une filière assez généraliste qui m’ouvrirait suffisamment de portes.
En termes de langues, j’y ai fait de l’anglais, de l’allemand et du russe. On avait également des cours de droit, d’économie et aussi de gestion d’entreprise. Au terme de ma formation, j’étais fluent en anglais et en allemand. Par contre le russe je n’ai pas accroché.

En 2007, en parallèle de ta formation, tu commences un boulot d’assistante chez FF bâtiment. Pourquoi ce choix ? En quoi consistait ton métier ? Comment arrivais-tu à gérer tes études et ton boulot en parallèle ?
Mon copain de l’époque (qui est toujours mon conjoint aujourd’hui) était le gérant de l’entreprise qui était spécialisée dans la rénovation de logements sociaux. Il avait besoin d’aide notamment sur les aspects administratifs et il m’a proposé le poste que j’ai accepté.
J’avais principalement en charge l’édition des factures et la préparation des documents pour le comptable.
Je travaillais la plupart du temps à distance. J’avais simplement besoin d’une connexion internet pour réaliser mes tâches et je n'étais présente physiquement dans l’entreprise qu'une seule fois par mois. Ça me laissait donc du temps pour suivre mon cursus scolaire normalement.

Au cours de l’année 2008, tu as 20 ans et tu tombes enceinte. Qu’est ce que tu ressens à ce moment ? Comment tes parents l'ont-ils pris ?
Ce n’était pas du tout prévu. Dans un premier temps je suis prise de panique. Mais assez rapidement, je reprends confiance et je sais que je vais bien gérer. Je suis l’aînée d’une fratrie de 4 et j’ai 17 ans de plus que mon petit frère ! Je m’occupais bien de mes frères et ça me confortais dans l’idée que je surmonterai cette épreuve.
Mes parents m’ont soutenue et m’ont toujours dit qu’ils n’avaient rien à dire sur mes choix de vie et qu'ils me faisaient confiance.

Je ne voulais pas arrêter mes études sans diplôme significatif et j’ai donc poussé jusqu’à l’obtention de ma licence.

Cette naissance bouleverse évidemment ta vie, notamment ta scolarité
En effet, c’était compliqué de continuer mes études après la naissance de mon petit. Je ne voulais pas arrêter sans diplôme significatif et j’ai donc poussé jusqu’à l’obtention de ma licence. Ensuite je me suis consacrée pleinement à mon boulot d’assistante administrative chez FF bâtiment où j’étais désormais présente physiquement 2 à 3 jours par semaine.

En 2012, la société FF bâtiment où tu travaillais depuis 5 ans ferme ses portes. Tu rebondis assez rapidement en décrochant au bout de quelques mois un poste d’assistante polyvalente au sein du groupe Armonia. Comment se passe cette expérience ? En quoi consiste ton travail ?
Le groupe Armonia est une société de services, leader européen de l’accueil. J’ai été recrutée initialement pour un poste d’hôtesse d’accueil, mais grâce à mon expérience, j’ai été placée comme assistante polyvalente chez Johnson Control.
Mes fonctions comprenaient :

  • L’assistanat du directeur France
  • Le tri de CVs
  • L’aide à la facturation
  • L’aide à la gestion du budget du site
  • L’enregistrement de nouveaux fournisseurs
  • La gestion de la flotte automobile et téléphonique
J’ai beaucoup apprécié cette mission, notamment parce qu’ils m’ont très rapidement fait confiance et m’ont donné un périmètre d’action très important pour quelqu’un d’externe à l’entreprise. Ils ont essayé de me débaucher à la fin de ma mission, ce qui ne m’aurait pas déplu mais cela ne s’est pas fait à cause d’un problème de timing. Je suis donc restée chez le Groupe Armonia et j’ai effectuée d’autres missions chez Verizon et Capgemini où ça s’est également très bien passé.

En 2015, tu tombes enceinte une 2e fois. Comment vis tu cette grossesse en comparaison avec la première ?
Cette 2e grossesse n’est pas prévue non plus. Je la vis bien dans l’ensemble même si je suis un peu plus stressée que la première. Je sais déjà ce que c’est d’être mère et ce que ça implique, donc il y a moins d’insouciance que lors de ma première grossesse. Je reste néanmoins très confiante dans ma capacité à bien gérer la situation.

En 2016, tu décides de quitter le Groupe Armonia. Qu’est ce qui a motivé ton départ ?
Le fait d’être toujours détachée chez des clients, être externe commençait à me peser car je ne me sentais pas toujours à ma place. De plus j’avais également envie d’évoluer au sein de l’entreprise, notamment vers un poste où je resterais au siège et pour lequel j’aurais plus de responsabilités notamment managériales. J’avais identifié le poste d’assistante d’exploitation dont les missions étaient de :

  • Gérer une équipe d’hôtesses placées chez des clients
  • Recruter des hôtesses
  • Gérer les contrats avec les clients
Malheureusement il n’y avait pas de poste libre et pas de visibilité sur 3 ans. J’ai donc décidé de partir.

Quelques mois après, tu acceptes un poste d’assistante du responsable du Pôle Services chez Place de la formation. Peux-tu nous expliquer ton rôle ? As-tu trouvé ce qu’il te manquait lors de ta précédente expérience ?
Place de la formation est une sorte de courtier de la formation. Elle met en contact d’un côté des entreprises qui ont des besoins de formation pour leurs salariés et de l’autre des sociétés qui réalisent des formations.
J’étais en soutien du responsable du Pôle Services et j’intervenais principalement sur les négociations de contrats de formation avec les sociétés de formation et la relation client avec les entreprises clientes consommatrices de ces formations.
Je n’avais pas de responsabilités managériales comme je l’espérais chez le Groupe Armonia, mais j’étais interne et c’était très important pour moi.

Ton expérience ne dure finalement que 18 mois. Pourquoi ça s’est terminé si vite ?
Au cours de l’année 2017, j’étais enceinte de ma fille et pendant mon congé maternité, il y a eu un gros projet de restructuration au sein de l’entreprise avec un plan important de départs volontaires. J’ai négocié ma rupture conventionnelle et j’ai décidé de m’occuper pleinement de mes enfants jusqu’à ce que mon 2e fils commence l’école, donc jusqu’en septembre 2018.

Ton temps passé avec tes enfants te permet de prendre du recul sur ta vie et te donne envie de te reconvertir professionnellement. Tu optes pour les ressources humaines, pourquoi ce choix ? Comment opères-tu le changement ?
Lors de mon passage chez Place de la formation, j’étais très proche du responsable des ressources humaines. Il n’avait pas d’assistante et quand j’avais un peu de temps, je l’aidais dans ses tâches. C’est comme ça que j’ai pris goût aux métiers des ressources humaines.
Ayant la qualité de ‘travailleur handicapé’, j’ai pu m’inscrire au CAP Emploi où j’ai exprimé le souhait de me former aux métiers des ressources humaines. Ils m’ont orientée vers le GRETA des Yvelines où j’ai commencé une formation d’assistante en ressources humaines en octobre 2018.

Peux-tu nous en dire plus sur cette formation ? Quel est son coût et comment l’as-tu financée ?
C’est une formation à temps plein qui dure une année complète et qui est financée par l’Etat. Le niveau minimum pour s’y inscrire est le Bac et on en ressort avec un diplôme équivalent à un Bac + 2.
Ce que j’ai trouvé très intéressant dans cette formation c’est que le centre de formation qu’on intègre est une entreprise d’entraînement pédagogique (EEP). Il s’agit d’une entreprise fictive dans sa production, créée dans un but pédagogique, qui reproduit grandeur nature toutes les fonctions tertiaires de l’entreprise. On rédigeait par exemple des bons de commande, des contrats de travail ou encore des fiches de paie. Ce sont des choses très concrètes qui nous plongent déjà dans notre futur métier.

Pour valider la formation, il faut faire un stage en entreprise. As-tu eu du mal à trouver ton stage ?
Non heureusement. J’ai eu 2 principales propositions de stage d’assistante RH. La première chez GPSEO (Grand Paris Seine et Oise) et Thales. Chez GPSEO on m’a clairement fait comprendre qu’il n’y avait pas de possibilité d’embauche après le stage. Chez Thalès par contre, ils m’ont dit que si ça se passait bien, il y avait de grandes chances d’être conservée. Mon choix s’est donc très facilement porté sur Thales.

Comment se passe ton stage chez Thales ?
Mon stage jusqu’ici s’est super bien passé. L’environnement de travail est super et j’apprends beaucoup de choses.
Le stage se termine le 29 Mai et ils m’ont proposé un poste de Chargée de formation que je vais commencer début juin. C’est un contrat d’intérim jusqu’à la fin de l’année (ce qui est assez standard chez Thales) et si tout se passe bien ça devrait se concrétiser en CDI.

Quels sont tes projets ? Comment te projettes-tu dans ta nouvelle voie professionnelle ?
Je dois tout d’abord valider ma formation. Pour cela je dois rendre mon rapport de stage et mon dossier professionnel. Et j’aimerais également bien réussir ma prise de poste de Chargée de formation.
Pour la suite, je vais continuer à travailler dur comme je l’ai toujours fait et j’espère d’ici quelques années évoluer vers un poste de Responsable des ressources humaines.

Merci encore pour le temps que tu nous as accordé. Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?
De réussir dans mes projets, d’avoir un CDI d’ici la fin de l’année et surtout de continuer à être épanouie dans ce que je fais.


Propos recueillis par Yannick TCHAPTCHET